Chaque année, à l’approche du Black Friday, refait surface une question : cet événement commercial mondial trouve-t-il ses racines dans l’esclavage ou une histoire raciste ? La rumeur, très diffusée sur les réseaux sociaux, affirme que lors d’un « vendredi noir », des esclaves auraient été vendus en promotion à bas prix. Mais qu’en est-il réellement ?
L’origine raciste du Black Friday
Une idée largement diffusée… mais fausse
Plusieurs publications virales prétendent que le terme Black Friday serait lié à la période esclavagiste américaine, durant laquelle les propriétaires auraient organisé une journée de « soldes » sur les esclaves.
Aucune source historique sérieuse ne confirme cela.
Les historiens spécialisés de l’esclavage, les archives américaines et les centres de recherche sur l’histoire afro-américaine ont largement démontré que :
- Le concept de « soldes d’esclaves à bas prix le vendredi » n’existe dans aucun document historique.
- L’expression Black Friday n’apparaît qu’au XXᵉ siècle, bien après l’abolition de l’esclavage (1865 aux États-Unis).
Ainsi, l’idée d’un lien avec l’esclavage relève clairement de la désinformation. Ces théories naissent souvent d’un manque de connaissances historiques ou de la volonté de donner au Black Friday une dimension symbolique plus sombre, notamment pour critiquer notre modèle de consommation.
Les vraies origines du terme “Black Friday”
L’expression “Black Friday” apparaît pour la première fois dans les années 1950, à Philadelphie. À l’époque, ce sont les policiers qui l’utilisent pour décrire ce qui se passait le lendemain de Thanksgiving : des rues bloquées, des embouteillages interminables et des magasins envahis par la foule venue lancer ses achats de Noël.
Bref, un vendredi noir pour les forces de l’ordre, pas pour des esclaves.
Quelques décennies plus tard, dans les années 1980, les commerçants se sont réapproprié le terme et ont diffusé une autre explication, plus positive : ce jour leur permettait de passer de comptes « dans le rouge » à « dans le noir », c’est-à-dire de renouer avec les bénéfices. Une manière de renforcer l’image commerciale du Black Friday.
Pourquoi la fake news persiste-t-elle ?
Même si l’origine raciale est fausse, la théorie persiste pour plusieurs raisons :
- le terme “Black” associé à une époque coloniale peut facilement être interprété à tort ;
- l’histoire de l’esclavage reste très sensible, créant un terrain propice à la désinformation ;
- la critique du consumérisme pousse certains à chercher des racines symboliquement sombres à ces événements commerciaux ;
- les réseaux sociaux amplifient les rumeurs sans vérification.
Ce phénomène en dit long sur la manière dont histoire, mémoire collective et débats contemporains s’entremêlent.
Le Black Friday n’a pas d’origine coloniale ou raciste : c’est une fausse information.
Il est né dans un contexte purement commercial, aux États-Unis, au XXᵉ siècle — très longtemps après l’abolition de l’esclavage.
Si cette rumeur continue pourtant de circuler, c’est parce qu’elle touche à des mémoires encore sensibles et qu’elle s’inscrit facilement dans les critiques que l’on adresse aujourd’hui au consumérisme et au capitalisme mondialisé
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Sources : Snopes, AFP Factuel, History Channel, CNN Business, Wikipédia, PolitiFact, National Archives (USA), Smithsonian Magazine
Notre Point de Vue
Si l’idée d’un Black Friday lié à l’esclavage a circulé aussi largement, ce n’est pas anodin. Même si cette information est fausse, elle révèle quelque chose de profond : la volonté de rappeler les atrocités de l’esclavage et de dénoncer un système capitaliste qui, parfois, banalise ou détourne des pans entiers de l’histoire.
Associer un événement commercial moderne à une période où des êtres humains étaient vendus comme des marchandises, c’est pointer du doigt le parallèle entre la logique consumériste actuelle et les dérives historiques les plus cruelles. C’est aussi une manière de souligner que la mémoire des Afro-Américains, des descendants d’esclaves et, plus largement, des peuples affectés par cette histoire est trop souvent effacée, édulcorée ou instrumentalisée.
Il existe d’ailleurs de nombreux autres exemples où des drames historiques sont réappropriés, simplifiés ou transformés en tendances, au point de perdre leur sens et leur gravité. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que cette fausse origine du Black Friday ait trouvé autant d’écho, jusqu’à devenir une véritable fake news.
Ce phénomène doit surtout nous alerter :
- d’une part, sur la facilité avec laquelle notre société peut banaliser des atrocités au nom du marketing ou de la consommation ;
- d’autre part, sur la puissance des réseaux sociaux et des médias dans la propagation d’informations erronées.
Cela rappelle l’importance essentielle de vérifier ses sources, de protéger la mémoire historique et de rester vigilant face aux récits simplifiés qui circulent en ligne.
Connaissiez-vous la vraie histoire du Black Friday ?
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